Le Don Giovanni mis en scène par Laurent Laffargue se joue en ce moment à Rouen. Cette vision du personnage infantile et suicidaire fut largement décriée à sa création en 2002 à Bordeaux puis à
Nancy notamment. Mais du temps a passé, d’autres chanteurs et musiciens ont maintenu cette version, ce décor, ces costumes et vraiment le scandale est loin.
La hardiesse de la programmation n’est pas la caractéristique principale de l’Opéra de Rouencette année. Pour cette version vieille
de 7 ans, le public rouennais n’avait que peu de houhou à renvoyer. Eh bien tant mieux car elle est très bonne.
Le décor et le jeu de cadrage que permettent ces grands blocs marmoréens concentrent le jeu puis l’étale sur toute la scène. Les accessoires, qui
sont des jeux d’enfants, donnent lieu à des exploitations musicales fines comme ce tourniquet qui valorise le quatuor.
Le baryton Henk Neven est particulièrement convaincant. Délirant libertin, au rire fou, aux bonds déroutants. Un petit interview de lui dans Paris Normandie est intéressant à lire.
Il reste 4 représentations, et on peut rentrer à 10 euros au poulailler. Evidemment on voit mal la profondeur de la scène mais on a une vue plongeante sur un orchestre de l’opéra tout à fait
dynamique, mené par Guido Johannes Rumstadt, chef invité.
Allons, il n’y a pas à regretter que la programmation ne soit pas novatrice en 2009. Il parait que ça va changer?
Etonnante cette fécondité créative en cette fin du XVI°
siècle en Angleterre !
Le règne d’ Elisabeth Première favorise les Arts, la souveraine et les grands du royaume y voyant une façon de magnifier leur rôle et leur pays.
Dans le domaine littéraire on pense bien sûr à Shakespeare mais aussi à Marlowe ou Ben Jonson et en musique John Dowland et William Byrd, sont certainement
ceux dont les noms et les oeuvres sont les plus connus aujourd’hui.
Thomas Tallis (1505-1585) dont la carrière a parcouru plusieurs règnes fut sans doute un des maitres de William Byrd (1543 -1623). Ils seront nommés tous deux Gentilshommes de la Chapelle Royale
pour y tenir l’orgue, chanter et composer. La reine leur attribuera conjointement le privilège exclusif d’éditer de la musique.
Dans son prochain concert au temple de Luneray (76), l'ensemble vocal Polychrome se lance dans ce répertoire plutôt différent de la veine baroque suivie depuis plusieurs années en interprétant
une des messes de Byrd et des pièces en anglais et en latin 'selon la religion du souverain sous lequel elles furent écrites) de Thomas Tallis.
Claudio Monteverdi même s'il est évidemment reconnu comme le grand précurseur du courant baroque a aussi écrit dans le style ancien, c'est la cas de l'autre pièce chantée par Polychrome, le
Magnificat à 4 voix (un des deux magnificats tirés de son recueil « la selva morale ») qui s’inscrit plus dans la veine du style ancien pour donner plus de
cohérence à cette programmation rare et originale due à Jan Jeroen Bredewold, nouveau chef.
chose promise chose due, quelques mots sur le concert de l'ensemble Orchestre de chambre de Normandie/choeur de chambre de Rouen, consacré à la passion selon Saint Jean à l'église Saint Vivien.
Donc je confirme, allez y demain, deuxième représentation à l'église Saint Vivien. Trés bonne prestation de l'ensemble et des solistes sous la direction trés précise et dynamique de Gilles
Benkemoun. Une mention particulière pour le récitant Andrew Austin, clair, vivant, convaincant dans son récit de la passion. Le choeur, préparé par Daniel Bargier (il participe au choeur) est
soudain pris d'une trés juste frénésie comme il se doit dans ce lynchage mythique qu'est cette oeuvre illuminée. Tout comme chacun des solistes, à leur tour dans des passages ô combien difficiles :
Marina Haquet qui avait chanté avec Polychrome dans Haendel en septembre, la soprane Sandrine Decure, le trés jeune Teddy Henry et la basse Arnaud Richard.
Cette belle église Saint Vivien de Rouen est bien inscrite dans son quartier, le carillon de l'angélus a été ponctuel, en pleine période de solos. Demain à 17 heures, il n'y aura pas cet effet
inattendu au même moment.
Enfin dernier conseil, évitez d'emmener les enfants ni les grands oncles impatients, deux heures de Bach, il ne faut obliger personne mais y aller en toute indépendance d'esprit, de coeur et d'âme!
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