dernières séances?

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Le cinéma Le Melville vit en pleine gloire du 23° Festival Nordique. Des salles pleines, des échanges avant, après, parfois pendant les séances. Des fanatiques qui enchainent les films comme saisis d'une boulimie d'images. Comme si c'était le dernier festival ausi, puisque les organisateurs sont propriétaires du Melville et que celui ci est menacé de disparition. (voir le blog de l'association de soutien : http://sauvonslemelville.over-blog.com/)

Ce n'est pas un sujet nouveau, chaque génération, chaque lieu de culture est toujours en danger...Extrait de l'autobiographie de Stefan Zweig, "le monde d'hier" à propos des lieux tant aimés qui ferment :
"

…Nous-mêmes n’eûmes pas une conduite beaucoup plus raisonnable quand on démolit la salle dite de Bösendorf.

En elle-même, cette salle de concert exclusivement réservée à la musique de chambre était une construction sans aucun intérêt, sans caractère artistique ; ancien manège du prince Lichtenstein, elle n’avait été adaptée à des fins musicales que par un fin lambrissage de bois dépourvu de totu apparat. Mais elle avait la résonnance d’un violon ancien, elle était pour les amateurs de musique un lieu sanctifié parce que Chopin et Brahms, Lizst et Rubinstein y avaient donné des concerts et que nombre des plus célèbres quatuors y avaient été joués pour la première fois ; et maintenant, il lui fallait laiser la place à un nouvel édifice purement utilitaire ; pour nous qui y avions vécu des heures inoubliables, c’était inconcevable. Quand expirèrent les dernières mesures de Beethoven, joué plus divinement que jamais par le quatuor Rosé, personne ne quitta sa place. Nous applaudissions à grand bruit, quelques femmes sanglotaient d’émotion, personne ne voulait admettre que ce fut un adieu à jamais. On éteignit les lumières de la salle pour nous chasser. Pas un des quatre ou cinq cents fanatiques ne se leva. Nous demeurâmes une demi-heure, une heure, comme si nous pouvions par la force de notre seule présence obtenir que ce vieil espace fût sauvé. Et comme nous nous sommes battus, nous autres, étudiants, multipliant pétitions, manifestations, articles dans les journaux, pour que la maison mortuaire de Beethoven ne fut pas détruite ! Chacune de ces demeures historiques, à Vienne, était pour nous un peu d’âme qu’on nous arrachait du corps."

 

Bosendorf.jpgLe Bösendorf était la salle aménagée à Vienne par le grand fabricant de piano Bösendorfer et qui fut démolie en 1913. ( voir le site de la marque de piano qui existe, elle, encore : http://www.boesendorfer.com/en/history.html)

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